» Ruwen Ogien, La liberté d’offenser. Le sexe, l’art et la morale

Ruwen Ogien, La liberté d’offenser. Le sexe, l’art et la morale

Ruwen Ogien, La liberté d’offenser. Le sexe, l’art et la morale

Combien sont appréciables les auteurs qui ont de la suite dans les idées, qui traquent leur sujet avec persévérance, rigueur, aussi avec humour Ruwen Ogien lutte contre ce qu’il appelle « la panique morale » (La panique morale,Paris, Grasset, 2005) et épuise l’ensemble des arguments du moralisme et du paternalisme ambiant, notamment quant à la représentation de la sexualité. Son travail avait connu un premier jalon avec la parution de Penser la pornographie (Paris, Presses universitaires de France, 2003), mais un certain nombre de critiques – chaque fois nouvelles – l’obligent à démontrer le désir de réprimer qui s’y cache et à présenter en contrepoint les linéaments de son « éthique minimale » (L’éthique aujourd’hui, Paris, Gallimard, 2007).

Ruwen Ogien opère une distinction entre deux types d’adversaires : d’une part, il se positionne contre les moralistes qui croient dans la supériorité d’une conception substantielle du bien, qui pensent aussi que l’État doit défendre et promouvoir certaines normes, certaines valeurs et, au besoin, pour défendre cette morale positive (approuvée par le plus grand nombre), peut stigmatiser, voire criminaliser un certain nombre de conduites. On le voit en France à propos du mariage homosexuel, de la dépénalisation de l’usage des drogues douces, de la liberté de se prostituer, de certaines pratiques sexuelles, de l’euthanasie, de la valeur du travail… D’autre part, on trouve également les paternalistes qui, eux, ne cherchent pas tant à protéger les gens d’eux-mêmes au nom de la morale positive d’une société donnée mais qui font plutôt appel à des principes universels comme le respect de la « dignité » humaine ou de la « nature » humaines. Dans les deux cas, on nie le droit de personnes adultes à décider par elles-mêmes de ce qu’elles feront de leur propre vie et on juge immoraux leurs comportements.

Dans cet ouvrage, l’auteur se concentre sur les discours ayant trait au statut moral et politique des représentations sexuelles explicites, qu’elles soient visuelles ou écrites et il repère à l’œuvre une véritable censure, un vrai désir de réprimer Mais au nom de quoi ? Ruwen Ogien avait déjà réfuté les arguments mettant l’accent sur l’aspect criminogène de la pornographie (incitation à passer à l’acte), sur leurs aspects attentatoires à la dignité des femmes, sur leurs prétendues conséquences pathogènes (addiction, dépression), sur une atteinte prétendue au bon épanouissement de la vie sexuelle. Cette fois, il s’attarde sur deux types d’arguments jugeant immoral le « porno » : sur son obscénité, sa vulgarité présumées et sur les conditions de sa fabrication. La suite

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